L'article paru dans Le Monde et signé Sylvia Zappi, l'échec de la gauche antilibérale est une bonne synthèse sur la stratégie de cette gauche de la gauche développée depuis la victoire du "non" au referendum du 29 mai 2005. Pour autant il pèche par par son manque de mise en perspective sur une séquence plus longue dans le temps. L'échec électoral de la gauche antilibérale au 1er tour de l'élection présidentielle de 2007 marque la fin d'un cycle, celui inauguré en 1995 lors du mouvement contre le Plan Juppé. A quelques individualités près on retrouve les mêmes acteurs, les mêmes équipes, les mêmes stratégies de recherche d'alternative au libéralisme passant par une double nécessité stratégique : contester l'hégémonie du PS à gauche et obliger le PC et sa direction à s'inscrire dans le champs de cette alternative, le parti communiste pour ce qu'il représente en terme de force militante étant nécessaire à l'élaboration de cette nouvelle force. L'unité politique mise en place lors de la bataille contre le TCE n'est que l'aboutissement de nombreuses initiatives, appels, convergences, pétitions, regroupant toutes ces courants s'identifiant à la gauche alternative, antilibérale, écologiste, féministe. L'opposition au Plan Juppé est l'occasion, pour la première fois, de voire l'extrême gauche (principalement la LCR) rencontrer et agir de concert avec le PCF, l'écologie politique. Mouvance sociale et mouvance politique se rencontrent et débattent, les syndicalistes se préservant de toute instrumentalisation. La victoire du PS en 1997 survient et produit une pause dans cet aggiornamento du fait de la participation du PC au gouvernement Jospin. La question de l'ouverture du capital des entreprises publiques (France Télécom, Air France) acceptée par le PCF et les Verts, la politique de Jean-Pierre Chevènement à l'égard des Sans-papier, le mouvement des chômeurs, produit des clivages au sein de la gauche de la gauche. Le retour de la droite sera l'occasion pour les communistes de renouer avec cette gauche critique qui dessine les contours du social-libéralisme dont serait porteur le PS (l'expérience travailliste anglaise et l'expérience italienne, finissent de convaincre la gauche radicale des nécessités de poser des frontières infranchissables pour la gauche de la gauche).
L'altermondialisme, les travaux de la fondation Copernic, des réseaux ATTAC, les reflexions développés dans de nombreuses revues, auxquels s'ajoutent organisation, courants, réseaux, forment une constellation très variée et très disparates politiques. La tenue des Forums sociaux mondiaux et européens participent de nourrir la reflexion et d'élaborer les grandes lignes d'un projet antilibérale....comme utopie et pas comme programme de gouvernement.
Une fois de plus les élections pertubent l'assemblage et la construction politique. Cette fois non seulement le PCF renoue avec le pragmatisme électoral (la nécessité politique d'exister et d'être présent aux élections, obligations créees par la Veme République), mais la LCR présente une nouvelle figure, Olivier Besancenot, produit politique du mouvement social, de l'altermondialisme, nouvelle figure d'une extrême gauche rénovée, en tout cas dans son profil médiatique. Le résultat de l'élection présidentielle de 2002 est marquée par l'effondrement du PC et par la percée de l'extrême gauche (LO-LCR). En fait les régionales de 1998 et les européennes de 1999 ont posé les jalons de cette percée électorale. L'élimination de Jospin, l'échec du Parti socialiste dès le 1er tour et la mobilisation anti-Le Pen ne confèrent toutefois pas à la gauche radicale le rôle qu'elle croit pouvoir jouer. Les élections législatives qui suivent confirment l'extrême gauche et le PC dans leur faible voire très faible etiage et leur inexistence sur le plan électoral à l'échelle nationale. Il leur faudra attendre la campagne contre le Traité constitutionnel européen pour occuper le devant de la scène et influer sur le cours politique de la situation. Mais encore une fois, une surévaluation de la dynamique, tant de son contenu (en terme d'adhésion à un projet aussi flou que généraliste que la revendication d'une Europe sociale) que de sa dynamique, conduit les tenants divers du "non" à s'obliger d'ignorer que la toute fraîche union entre Buffet, Bové, Besancenot et Melanchon (Ps) ne repose que sur le temps d'une campagne. Surévaluation tout simplement parce qu'une partie des courants souverainiste de droite et d'extrême droite compte énormément dans la victoire du "non" qu'un Claude Debons ou Alain Krivine ont rapidement identifié comme un vote majoritaire de la gauche. Quant à la précarité politique de ce rassemblement l'absence totale d'initiative pouvant donner suite à la proclamation d'un "Plan B" dont on n'attend toujours d'en lire la première ligne et d'en apercevoir la première manifestation, est bien la preuve qu'il n'avait pas d'avenir au lendemain du 29 mai. Il faut ajouter que son principal promoteur, Laurent Fabius s'est bien gardé lui aussi d'en énumérer ne serait-ce qu'une infime partie. Reste ces milliers de militantes et militants de toutes la gauche rassemblés dans les comités antilibéraux abandonnés par les principales vedettes des tréteaux de meeting, revenus rapidement au pragmatisme électoral qu'imposait l'éléction présidentielle à venir. Les premiers militants à en subir les effets sont celles et ceux qui lors d'élections partielles entendaient donner suite au rassemblement antilibéral et qui se sont vus opposés les traditionnels union politique, notamment venant du PC.
Le traumatisme de 2002, la menace Le Pen, la droitisation de la candidature Le Pen, le retour sur le plan politique d'un PS à l'offensive (sur le CPE, les services publics) et l'attractivité de la candidate Ségolène Royal n'ont eu guère de difficulté à s'imposer vis-à-vis de cette gauche antilibérale laminée par le 1er tour de l'élection de 2007. Elle est réduite aujourd'hui à en appeler à voter pour "la gauche molle et social-libérale". Elle a heureusement, au-delà de ses prétentions, pris toute sa responsabilité politique en appelant à voter Royal et donc à faire la différence entre social-démocratie et contre-révolution conservatrice. Ce premier tour des présidentielles à poser les jalons d'une nécessaire rénovation du socialisme démocratique à laquelle le Parti socialiste va devoir s'attacher à engager en tenant compte plus d'un centre démocrate-chrétien pro-européen qu'une gauche antilibérale sans réel projet alternatif, sans consistance électorale à même de peser, et libéré enfin de cette nécessité de se lier au PC.