Jeudi 27 avril 2006
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1936-2006, 70ème anniversaire du Front populaire
par Eric Lafon
par Eric Lafon

3 mai 1936, les Français ont participé largement au second tour de l'election législative et ont confirmé leur vote du premier tour en faveur de la gauche. Le Parti Socialiste-SFIO de Léon Blum devient le premier parti de la gauche et dans le cadre de l'accord passé avec ses alliés radicaux et communistes, il entend exercer la direction du gouvernement. Léon Blum entrera en fonction le 7 juin 1936, dans un climat de grèves et d'occupations d'usines. La gauche est victorieuse dans les urnes et dans la rue et l'atelier. La droite a peur et lâche les plus réactionnaires de ses représentants contre le gouvernement de Léon Blum. Mais l'élan populaire est trop puissant et les réformes sociales vont être rapidement adoptées par le biais du parlement et des négociations entre syndicat et patronat (accords de Matignon).
Ce sont les négociations entre la CGT et le patronat qui précède les réformes parlementaires. Elles débouchent sur l'obtention des dispositions suivantes :
- établissement immédiat de contrats collectifs de travail.
- Liberté syndicale.
- Augmentation générale des salaires (7% à 15%)
- Elections de délégués du personnel.
- Aucune sanction pour fait de grève.
- Respect par les travailleurs de la loi
La grève va continuer. Le gouvernement prend à son tour l'initiative et dès le 9 juin , il dépose 5 projets parmi lesquels 3 d'entre eux prolongent l'accord Matignon :
- sur l'établissement de la semaine de 40 heures.
- sur la création de congés annuels paysé.
- sur la procédure d'élaboration des conventions collectives.
Le 11 juin le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez appelle "à la reprise du travail". Dans la nuit du 11 au 12 juin les 40 heures sont adoptées par la Chambre (408 voix pour ; 160 contre). Les congés payés le seront le 17 juin. A la Chambre et au Sénat, la droite s'abstient d'entraver la dynamique des réformes initiées par le gouvernement de Léon Blum. D'autres projets sont adoptés et notamment celui déposé par le ministre de l'Education nationale prolongeant la scolarité primaire jusquà l'âge de 14 ans.
Enfin et c'est le sens du choix de cette image en illustration de ce petit rappel historique, pour la première fois des femmes participeront à un gouvernement alors qu'elles n'ont toujours pas le droit de vote. Une radicale et féministe (Cécile Brunschwig à l'Education nationale), une socialiste Suzanne Lacore à la Protection de l'enfance, et Irène Joliot-Curie, plutôt proche du PCF à la Recherche scientifique. Toutes les trois sous-secrétaires d'Etat. Il faut rappeler que la revendication du droit de vote des femmes n'a été avancé par aucun des trois partis de la gauche française dans le cadre du Rassemblement populaire. La proposition a été repoussée successivement par le Sénat en 1925, en 1932 et en 1935.
Réformateur du code du travail pour plus de justice et de droit, le Front populaire est comptable d'une amélioration de la condition ouvrière en France. Dans son rapport avec le mouvement de grève et son innovation, certes limitée, à faire participer les femmes à la gestion des affaires de l'Etat, il inaugure les voies d'un socialisme démocratique qui demeure un idéal, un projet de société. Là où le communisme étatique à échoué par son conservatisme sociale et son caractère oppressif et répressif y compris à l'égard des travailleurs, le socialisme qui lie étroitement l'humanisme, la démocratie, la République et le progrès social s'offre comme une alternative à la société libérale.



