Marie Georges Buffet après s’être inquiétée du faible étiage de la gauche dans les sondages, stigmatise dans ses derniers meetings les médias qui favoriseraient le « vote utile » à gauche, comprendre donc en faveur de Ségolène Royal.
Je ne commenterai pas la énième tentative explication sur le rôle d’influence des médias sur les électeurs. Passons. En revanche je soulignerai une fois de plus une des caractéristiques du discours communiste : l’injonction à l’adresse du PS allant de pair avec cette incapacité à se remettre en cause.
MGB a raison de s’inquiéter du « faible étiage de la gauche ». Mais elle devrait aussitôt se demander pourquoi sa candidature et son parti sont donner aussi bas dans les sondages. Tout simplement parce que si la gauche est faible, d’après les sondages c’est essentiellement à cause du très faible étiage auquel se situe le PC. En 1981, le candidat Marchais recueillait au 1er tour de l’élection présidentielle près de 4.5 millions de voix pour 15.35% tandis que François Mitterrand en totalisait quelque 7.5 millions de voix et 25.85%. Ségolène Royal se situe, aujourd’hui dans les différents sondages, autour des 25%, soit à peu près au même niveau électoral que Mitterrand.
Impossible pour MGB et le PC de s’interroger sur la crise de ce parti qui aux lendemains de la Seconde guerre mondiale est devenu le premier parti de France, lequel en 1951 réunit plus de 5 millions d’électeurs et qui aujourd’hui en est réduit à vendre immeubles et patrimoine, voit ses réunions désertées. Le dernier meeting de Bercy ne change rien à l’affaire.
Il n’y a pas de campagne communiste qui ferait que l’on assisterait le 22 avril prochain au retour du PC sur la scène nationale.
Impossible pour le PC de s’imaginer que la crise des partis et de leur « décridibilité déclinante » le concerne tout autant que le PS. A l’instar de son prédécesseurs, Marchais, Marie Georges Buffet tentait de nous convaincre à l’antenne de France Inter, que le PC allait bien.
Indécrottable communiste qui martèle devant des auditoires clairsemés que le « PC est une force qui compte ». Impossible pour MGB et le PC d’accepter qu’une autre force, en l’occurrence la LCR et tous le courant de la gauche radicale incarne les combats qui jusqu’alors étaient considérés comme représentatifs de l’engagement communiste : la solidarité, la lutte contre les exclusions, la défense des salariés, l’anticapitalisme.
Maintenant sur le « vote utile » que la candidate du PCF conteste pour appeler les électeurs à voter pour eux, comprendre pour le PCF. Car au PC le fait est que l’on considère que l’opinion ne peut que se prononcer en faveur des communistes mais que tout est fait pour les en détourner (principalement le PS et les médias). D’ailleurs pendant très longtemps le PC a défendu l’idée que son score électoral ne reflétait jamais la dimension réelle de ce qu’il représentait dans le pays. C’était vraie pour ce qui concerne sa représentation à l’Assemblée nationale amputée par les différents du scrutin ou comme en 1951 avec les apparentements. Toutefois dans son histoire le PC n’aura pu apprécier que trois années de faste tant sur le plan militant, par son chiffre d’adhérents, que sur le plan électoral 1945-1948 et dans le cadre des réalités politiques de ce pays qui n’a jamais vu s’imposer ni un grand parti de masse à vocation majoritaire, ni un grand syndicat de masse, comme en Allemagne ou en Angleterre.
Mais sur le « vote utile » la vraie question que MGB devrait se poser est la suivante : Pourquoi l’opinion (celle évaluée par les sondeurs) ne considère pas le vote PC comme un vote utile ? En fait quelle est l’utilité du PC aujourd’hui ? A quoi pourrait-il servir dans les prochains mois ? Aura-t-il suffisamment de députés pour faire partie d’une majorité ?
Mon opinion est claire. Le PC ne sert à rien. Et voter PC ne sert à rien sinon à tenter de lui garantir le prochain paiement de sa campagne et de ses permanents. Pendant des décennies certains politologues usaient d’euphémisme sur la crise du PC. En 2002 la crise du PC, qui débute en 1956, est arrivée à son terme avec le score de Robert Hue au présidentiel (3.37%).
Il demeure un point de référence, positive mais aussi très négative dans l’histoire de ce pays. Il est de bon ton chez quelques « bobos » parisiens ou une certaine jeunesse altermondialiste d’exhiber un tee-shirt soviétique ou d’écouter les chœurs de l’armée rouge, ou plutôt d’afficher l’image christique du révolutionnaire Che Guevara. Mais politiquement le PC c’est à la fois Maxime Gremetz et Clémentine Autain, une sorte de Belle et Sébastien version téléfilm de RDA des années 1960.
Il y a peu encore en 2003 dans une très intéressante étude, Que reste-t-il du PCF ? Deux chercheurs au Centre d’étude de la vie politique française (CEVIPOF), Marie-Claire Lavabre et François Platone concluaient : « Dire qu’un espace idéologique est aujourd’hui vacant, c’est souligner qu’existent dans la société française des courants, des attitudes et des opinions qui vont dans le sens de ce que le Parti communiste présente comme ses orientations fondamentales ». Les deux politologues décrivaient principalement trois espaces sur lesquels le PC pourrait mordre et se reconstruire : l’antilibéralisme de l’opinion publique française, les mouvements sociaux, la défense des « exclus ». Trois espaces sur lesquels faut-il le rappeler le PC s’est construit. Aujourd’hui, il n’est plus seul et est fortement concurrencé par l’extrême gauche et les courants alternatif et altermondialiste. Il est vrai que seule l’implantation du PC encore largement plus importante que l’extrême-gauche ne permet pas à cette dernière de se substituer aux différents échelons de la vie politique française (municipale, départementale, régionale et nationale). Pourquoi ? Peut-être parce que la gestion des collectivités par le PC ne se distingue plus des autres en particulier de celle du PS et que les promesses de gestion par l’extrême gauche ne s’appuient sur aucune expérience de gestion et qu’elle s’inscrivent trop dans un passé ouvrier, anachronique aujourd’hui.
En 1995, le score de Robert Hue (8.7%) certes plus élevé que celui atteint en 1988 reste toutefois en dessous des scores additionnés des deux candidats communistes, André Lajoinie pour le PC et celui de Pierre Juquin.
D’ailleurs aux élections municipales qui suivent le PC perd la dernière ville de plus de 100.000 habitants qu’il gérait, là encore les quelques succès comme à La Ciotat et à La Seyne ne parvenant pas à dissimuler le continuel repli.
La dynamique initiée en 1997 par Lionel Jospin pour les législatives, convoquées après la dissolution décidée par Jacques Chirac, profite au PC qui frôle les 10% des suffrages exprimés. Avec 34 élus à l’Assemblée nationale il ne sera pourtant jamais en mesure d’obtenir gain de cause dans le rapport de force qu’il fait mine de vouloir imposer au PS. De toute manière le Premier ministre Jospin leur rappelant l’obligation de solidarité avec un gouvernement auquel il participe. Le PC se voit condamner à jouer à la fois le rôle d’opposant social sans toutefois convaincre de par sa participation gouvernemental dont le PS et Jospin ne cessent de saluer la sincérité. Le résultat de cet opportunisme politique fondé sur le pragmatique dogme « mettre les mains dans le cambouis » lui coupera les bras. A la présidentielle de 2002, Robert Hue et le PC tentera de se présenter comme un allié critique du PS. Il ne convainc personne et obtient le score le plus faible de son histoire. Se refusant à opérer le tournant que la chute du mur de Berlin et de la disparition de l’URSS aurait du lui faire faire, le PC tente de maintenir la « maison PC », notamment grâce à l’aide du Parti socialiste, via les accords électoraux.
Le PC résiste à la disparition définitive sur la base d’une fidélité au contour le plus souvent de nostalgie, chez les plus âgées, à cette France communiste imaginée qu’un récent téléfilm diffusé sur France 2 montrait, et sur une adhésion très minoritaire de quelques secteurs de la jeunesse dont la relation actuelle avec le PC n’est pas ternie comme hier par sa relation à l’URSS et aux dictatures communistes.
Son problème est bien que sur les différents terrains de lutte sur lesquels il a pu se construire : la lutte contre la guerre, l’anticolonialisme, la défense des exclus. Il est concurrencé par des forces, certes plus éparpillées, mais plus dynamiques, plus jeunes et dont la culture est plus démocratique. Cela explique qu’aujourd’hui et particulièrement dans cette campagne de la présidentielle 2007, les contingents de militants communistes les plus jeunes et les plus dynamiques se retrouvent dans les campagnes Besancenot et surtout Bové. Les permanents, les électeurs par fidélité au sens fort (la famille communiste) et les principaux dirigeants de l’appareil sont les seuls à suivre sans conviction d’ailleurs la campagne Buffet artificiellement badgé « gauche populaire et antilibérale », puisqu’elle ne réunit que le PC.
Enfin les méthodes de « sabotage » pratiquées comme « au bon vieux temps » au sein des comités antilibéraux auront guérit les quelques citoyens d’un possible renouveau communiste.
Il ne reste plus qu’au PC et à ses apparentés de préparer d’ores et déjà les législatives avec un Parti socialiste toujours généreux avec son « partenaire à gauche ». D’ailleurs ils sont quelques apparentés à avoir compris qu’il était possible d’obtenir un siège de député grâce à un accord avec le PS pour s’apparenter par la suite à un futur groupe PC, tout en ne coupant pas les liens avec les antilibéraux sincères. Ils ou Elles appellent cela « faire de la politique autrement ».
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